ZAÏDE ou LE CHEMIN DE LA LUMIERE | Théâtre National de l’Opéra-Comique
Mozart, Raphaël Pichon, Pygmalion et Wajdi Mouawad se rencontrent en un lieu unique pour une magnifique expérience
Pour son premier spectacle hors les murs lors de cette saison délocalisée, l’Opéra Comique a choisi de donner une reprise de la production créée au Festival de Salzbourg en 2025.
Le spectacle a lieu sous le préau du lycée Carnot, dans le 17e arrondissement de Paris, sous l’imposante verrière construite par Gustave Eiffel. Loin d’être anecdotique, ce choix, bien au contraire, donne un cadre absolument pertinent au message et à l’œuvre représentée ce soir.
Zaïde, œuvre de jeunesse inachevée de Mozart, est complétée par des extraits d’autres œuvres de la même période choisis par Raphaël Pichon, alternant langue allemande et italienne.
Wajdi Mouawad collabore avec le chef pour permettre une adaptation des textes et un ajout de dialogues permettant de construire une trame narrative claire à l’ouvrage inachevé. L’idée du flashback de l’histoire racontée par l’ancien gardien de la prison est ici judicieuse.
Saluons le travail des équipes techniques de l’Opéra Comique, qui, durant ces quelques jours de représentation, installent et désinstallent les gradins et équipements nécessaires au spectacle, assurant la cohabitation avec la vie du lycée.
Bertrand Couderc arrive à composer de très belles lumières dans cet environnement. Les deux escaliers latéraux de la cour du lycée, ainsi que les différentes portes présentes, rendent une atmosphère quasi carcérale, on ne peut mieux adaptée au propos ici. Pas besoin de décor supplémentaire quand le lieu choisi est aussi bien adapté.

Grand orfèvre de cette production, Raphaël Pichon signe une direction sobre et dépouillée mais ô combien efficace. Son chœur devient presque l’élément principal de la mise en scène : par ses structurations, ses rassemblements et leurs déformations, il construit un décor mobile d’une grande beauté.
Toujours aussi à l’aise dans ce répertoire, l’ensemble Pygmalion brille d’intensité et de justesse. L’ouverture et le final sont attribués à de l’harmonica de verre, moments toujours aussi rares.
Le chœur de l’ensemble Pygmalion se met au diapason de son orchestre. Véritable personnage à part entière, il convainc autant par son excellence musicale que par son jeu.
Ce sont pratiquement les mêmes solistes, déjà présents à Salzbourg en 2025, qui reprennent ici leurs rôles.
Le timbre charnu et la projection assurée de la mezzo Xenia Puskarz Thomas confèrent à son personnage, Persada, une force intéressante, elle qui fait la douloureuse découverte de ses origines.
Matthew Swensen souffre ce soir d’un manque de projection de son côté et ne permet malheureusement pas une caractérisation très forte du cruel Soliman.
Une belle découverte de la soirée est celle d’Hugo Brady. En Gomatz, le ténor au timbre délicat et clair laisse entrevoir de très jolies possibilités pour l’avenir, dans de nombreux rôles. À suivre !
Annoncé souffrant, l’Allazim de Johannes Martin Kränzle est absolument impeccable de justesse et d’engagement, tant dans son chant que dans ses récitatifs.
Enfin, dans le rôle-titre, Sabine Devieilhe émeut sans jamais surjouer. Son timbre si reconnaissable est au service d’une interprétation poignante et élégante.
C’est une reprise de très grande qualité que nous propose ici l’Opéra Comique, transfiguré par un lieu parfaitement choisi. Une très belle façon d’ouvrir sa saison hors les murs.
