L’AMOUR DES TROIS ORANGES | Opéra National de Lyon
opéra ; L'amour des 3 oranges ; saison 26-27
La maison lyonnaise ouvre sa saison avec un spectacle jubilatoire.
La représentation de L’Amour des trois oranges était dédiée à la mémoire de Louis Erlo, ancien directeur de l’Opéra de Lyon pendant près de trente ans, disparu quelques jours plus tôt à l’âge de 97 ans. Clin d’œil du destin, Louis Erlo avait lui aussi mis en scène cette œuvre de Prokofiev à Lyon en 1980.
Quel plus bel hommage que de lui offrir ce soir un spectacle en tout point réussi ?
Car, bien que présentant de beaux passages musicaux, cette œuvre est surtout suffisamment riche et intéressante pour que les metteurs en scène y trouvent matière à déployer leur talent. Après l’avoir montée il y a vingt ans à Amsterdam, Laurent Pelly remet sur le métier cet ouvrage à l’histoire rocambolesque. Pour reprendre les mots du personnage de Farfarello au début du troisième acte, lorsqu’il demande au mage Celio s’il est un vrai sorcier ou un sorcier de théâtre, une chose est sûre : Laurent Pelly est bien un véritable sorcier du théâtre.
“Laurent Pelly est bien un véritable sorcier du théâtre”
Dans cette production, il rivalise de magie et d’inventivité pour nous transporter dans un univers fascinant. Les costumes extravagants, absolument géniaux (également signés du metteur en scène), les lumières impeccables de Michel Le Borgne, ainsi que la qualité et la variété des décors nous font entrer dans le monde envoûtant de Prokofiev.
La force de ce spectacle réside également dans une direction d’acteurs jamais laissée au hasard, où chacun suit sa partition de manière millimétrée, ce qui permet de faire jaillir le ressort comique quand il le faut. La mise en scène regorge de petits détails et ne prend jamais le spectateur pour un ignorant. C’est sans aucun doute l’une des productions les plus réussies de Laurent Pelly de ces dernières années.
“La force de ce spectacle réside également dans une direction d’acteurs jamais laissée au hasard, où chacun suit sa partition de manière millimétrée, ce qui permet de faire jaillir le ressort comique quand il le faut”
Ce succès théâtral s’accompagne d’un succès musical. L’Orchestre national de Lyon, dirigé par Dmitry Matvienko, se montre parfaitement à l’aise dans cette partition, et la synergie entre la musique et la scène paraît d’un naturel total.
Personnage multiple et complexe de l’œuvre, les chœurs de l’Opéra de Lyon, menés par Benedict Kearns, prouvent une nouvelle fois qu’ils savent assumer pleinement leur rôle théâtral tout en conservant une excellence musicale.
Le plateau vocal est d’une homogénéité remarquable. Il est cependant dominé par le Truffaldino de Robert Lewis. C’est avec grand plaisir que nous constatons la très belle évolution de cet ancien soliste du Lyon Opéra Studio : les aigus sont plus tranchants, la projection plus importante, tout semble s’être amélioré chez ce ténor gallois.
Le Roi de trèfle de Piotr Micinski impose son autorité par une belle voix de basse. À ses côtés, le génial Marc Mauillon, dans un costume rappelant Klaus Nomi, est un Pantalon irrésistible.





Le Prince, flanqué de son pyjama de trèfle, est interprété avec brio par Linard Vrielink, dont les vocalises du rire provoquent de belles réactions dans le public.
Damien Pass, méconnaissable en Léandre, possède une fibre comique indéniable, tout comme son acolyte du soir, Lucie Roche, en princesse Clarice.
Le duo de magiciens formé par Daniel Miroslaw, aux superbes graves en Celio, et la Fata Morgana très applaudie de Gabrielle Philiponet est une vraie réussite, esthétique comme vocale.
On ne peut rêver meilleur casting que Jean-Ferdinand Setti en cuisinière terrifiante : le physique comme la noirceur du timbre sont totalement adéquats, et il reçoit à juste titre de très beaux saluts du public. Céleste Pinel apporte une belle présence scénique en Smeraldine.
Enfin, si la Linette de Barbara Skora et la Nicolette de Déborah Salazar n’ont malheureusement pas vraiment l’occasion de s’exprimer, on retrouve avec plaisir la Ninette de Giulia Scopelliti, que nous avions beaucoup appréciée en Poppée ici même à la fin de l’année dernière.
Succès retentissant, donc, qui rappelle à quel point une mise en scène en symbiose avec la partition est toujours la clef de la réussite.
